Prospecter sans acheter de fichier
Vos dix prochains clients sont déjà dans des données publiques.
Un cabinet qui tourne bien vit de recommandation. Un client content en amène un autre, l’expert-comptable d’en face envoie un dossier, et l’agenda se remplit sans qu’on ait rien demandé. Puis vient le trimestre où ça ralentit. Pas de crise, pas de départ : juste moins d’entrées. Et là on découvre qu’on n’a jamais eu de machine, seulement de la chance bien entretenue.
La réaction habituelle, c’est d’acheter un fichier. Mauvais réflexe : cher, périmé, et adressé par vingt cabinets avant vous. Tout ce dont vous avez besoin est déjà public. Les greffes publient les comptes, l’INPI publie les statuts, le BODACC publie les cessions, les registres publient les dirigeants. La donnée est là, c’est le temps de la traiter qui manque. Voici quatre prompts pour le faire vous-même, à copier dans l’assistant que vous utilisez déjà : traduire votre client idéal en critères de recherche, sortir la liste, qualifier chaque dirigeant, puis écrire la séquence de contact. Le premier ne se fait qu’une fois ; les trois autres se refont à chaque campagne, et le troisième dossier par dossier.
La règle non négociable
Un prospect doit pouvoir dire non dès la première phrase.
Prospecter un professionnel par email est permis sans son accord préalable, à trois conditions que la CNIL rappelle régulièrement. Le message doit concerner la personne dans sa fonction : vous écrivez au dirigeant d’une société sur un sujet qui relève de son activité, à une adresse professionnelle, pas au particulier sur sa boîte personnelle. Vous devez vous identifier et dire d’où vient l’information : « j’ai vu la publication de vos comptes au greffe » vaut mieux que le silence, parce que c’est vérifiable. Et l’opposition doit être possible tout de suite, dès le premier message, pas au bout de la séquence. Le jour où quelqu’un vous le demande, vous supprimez la fiche, pas seulement l’adresse. Au-delà du droit, ça se joue sur la réputation : un cabinet qu’on rappelle, ou un cabinet qu’on signale.
01 · Traduire votre client idéal en critères de recherche
« Je vise les chefs d’entreprise » décrit une catégorie, pas une cible. Une cible activable tient en cinq éléments : un métier, une zone, une forme juridique, une taille, un âge. Inutile de l’imaginer, elle se déduit de vos meilleurs clients actuels, qui se ressemblent souvent bien plus que vous ne le croyez. Vous déposez dix profils anonymisés, vous récupérez le portrait-robot, traduit en critères que les bases publiques comprennent.
Le prompt à copier
Tu es directeur du développement d’un cabinet de gestion de patrimoine. Ta spécialité : transformer une intuition commerciale en critères de recherche exploitables sur des bases de données publiques.
Voici mes dix meilleurs clients, anonymisés :
[pour chacun : secteur d’activité, forme juridique de sa société, département, tranche d’âge, motif d’entrée en relation, ancienneté de la relation, encours arrondi à la dizaine de milliers]
Produis l’analyse :
1. Les points communs réellement partagés par au moins six d’entre eux. Distingue ce qui est commun de ce qui est anecdotique.
2. Le portrait-robot en cinq lignes : qui est ce client, ce qui déclenche son besoin, ce qu’il cherchait en venant me voir.
3. La traduction en critères de recherche : codes NAF, formes juridiques, tranches d’effectif, tranches de capital social, départements, tranche d’âge du dirigeant. Uniquement des critères qu’une base publique d’entreprises sait filtrer.
4. Les trois événements déclencheurs à surveiller pour cette cible, avec la source publique où chacun se voit.
5. Deux cibles secondaires proches, atteignables avec les mêmes critères à une variable près.
6. Ce qui n’est pas la cible : les profils qui y ressemblent en surface, mais que mes données ne soutiennent pas.
Garde-fou : tu travailles uniquement sur l’échantillon fourni. Si dix profils ne suffisent pas à dégager un motif, tu le dis au lieu d’inventer un portrait plausible. Aucun nom, aucune raison sociale ne doit apparaître dans ta réponse.
Garde-fou. Ce portrait décrit vos clients passés, pas forcément votre marché de demain : si vos dix meilleurs dossiers viennent tous du même apporteur, vous allez cloner un canal, pas une cible. Et anonymisez pour de bon avant de déposer quoi que ce soit : le secteur, le département et la tranche d’âge suffisent. Ni nom, ni raison sociale, ni montant exact.
02 · Sortir la liste des données publiques
Les critères du prompt 01 s’appliquent tels quels sur les bases publiques. Les fichiers ouverts de l’INSEE et de l’INPI donnent l’ensemble des sociétés françaises, filtrables par code NAF, commune et tranche d’effectif, gratuitement mais au format brut. Pappers fait la même chose dans une interface lisible, ajoute le dirigeant et le capital, et permet l’export en tableur dans ses formules payantes. L’Annuaire des Entreprises sert pour la vérification à l’unité. Dans tous les cas vous ressortez avec plusieurs centaines de lignes dont la moitié est hors sujet. L’IA n’ira pas les chercher à votre place, mais elle fait très bien le tri de ce que vous rapportez : elle nettoie, elle note, elle vous rend une liste courte.
Le prompt à copier
Tu es analyste de données pour un cabinet de gestion de patrimoine. Ta mission : transformer un export brut de sociétés en une liste de prospects hiérarchisée.
Voici l’export issu d’une base publique d’entreprises :
[joindre le fichier CSV]
Ma cible : [coller les critères issus du prompt 01]
Traite le fichier :
1. Le nettoyage : doublons, sociétés radiées ou en procédure, lignes hors zone, lignes hors code NAF. Dis combien de lignes tu écartes et pourquoi.
2. Le score patrimonial de 0 à 100 pour chaque ligne restante, à partir des seules colonnes disponibles. Explique d’abord ta grille de notation, avant de l’appliquer : quels éléments pèsent, et combien.
3. Le tableau des cinquante meilleures lignes : dénomination, forme juridique, commune, code NAF, année d’immatriculation, capital, effectif, score.
4. Pour chacune, le signal qui l’a fait remonter, en une phrase.
5. Les cas ambigus : les lignes que tu n’as su ni retenir ni écarter, et l’information qui manquait pour trancher.
6. Les colonnes absentes de l’export qui changeraient le classement si je les avais.
Garde-fou : tu ne complètes aucune ligne de mémoire et tu ne devines aucune donnée absente. Une cellule vide reste vide. Si une colonne est vide sur plus de la moitié des lignes, tu le signales avant de t’en servir dans le score.
Garde-fou. Le score classe, il ne décide pas : une société bien notée peut avoir un dirigeant déjà accompagné depuis quinze ans par le confrère d’en face. Et l’export vous donne la société, jamais la personne à qui écrire. Ni email, ni téléphone, ni profil LinkedIn : les registres publient l’entreprise, pas les coordonnées de son dirigeant. La plupart des cabinets s’arrêtent là, avec un tableau propre et aucun moyen de l’exploiter.
03 · Qualifier le dirigeant avant d’écrire
Cinquante sociétés retenues, et le même message envoyé aux cinquante : c’est le meilleur moyen de n’obtenir aucune réponse. Ce qui fait répondre un dirigeant, c’est une phrase qui prouve que vous avez ouvert son dossier. Les comptes déposés, les statuts et l’historique BODACC sont publics et se lisent en trois minutes. Vous les donnez à l’IA, elle en tire des hypothèses patrimoniales et l’angle d’entrée qui en découle. C’est le geste le plus rentable du pack, et de loin le plus lent : il se refait entièrement à chaque dossier.
Le prompt à copier
Tu es analyste patrimonial. Tu formules des hypothèses à partir d’informations publiques sur une société et son dirigeant, sans jamais les présenter comme des certitudes.
Informations publiques disponibles :
[coller la fiche société, les comptes déposés s’ils sont publics, les statuts, les annonces BODACC, le parcours affiché publiquement par le dirigeant]
Produis l’analyse :
1. La structure en cinq lignes : ce que fait la société, depuis quand, sa taille, comment elle est détenue.
2. Trois hypothèses patrimoniales, classées par probabilité. Pour chacune : l’hypothèse en une phrase, l’élément public précis qui la fonde, et ce qui la confirmerait ou l’infirmerait. Exemples de pistes : trésorerie excédentaire immobilisée, immobilier d’exploitation détenu en direct, absence de structure de détention, dirigeant proche de l’âge de transmission.
3. L’événement déclencheur, s’il y en a un, avec sa date : cession, changement de dirigeant, augmentation de capital, création récente d’une société civile.
4. L’angle d’entrée : le sujet à ouvrir, formulé en une seule phrase, sans jargon.
5. Ce qu’il ne faut surtout pas mettre dans un premier message à cette personne.
6. Les trois questions à poser en rendez-vous pour valider ou écarter les hypothèses.
Garde-fou : chaque hypothèse doit être rattachée à un élément public identifiable. Tu écris « hypothèse », jamais « situation ». Tu n’extrapoles aucune donnée absente. Si les comptes ne sont pas déposés ou sont confidentiels, tu le dis et tu réduis le nombre d’hypothèses.
Garde-fou. Une hypothèse n’est pas un diagnostic. Arriver en rendez-vous en annonçant à quelqu’un l’état de son patrimoine à partir de ses comptes déposés, c’est la façon la plus rapide de perdre l’affaire et de passer pour un intrusif. Servez-vous-en pour poser la bonne question, pas pour donner la réponse. Rappelez-vous aussi qu’une large part des sociétés ont demandé la confidentialité de leurs comptes. Quand il n’y a rien à lire, c’est le plus souvent une case cochée au dépôt, rien de plus.
04 · Écrire la séquence, pas le message
Un message unique sans suite ne produit presque rien, et les cabinets qui prospectent le savent. Les rendez-vous viennent d’une séquence courte : trois messages, trois angles différents, et une sortie propre. Le prompt l’écrit à partir de l’angle trouvé au 03. Reste ensuite le vrai travail : envoyer, tenir le calendrier des relances, et sortir immédiatement de la séquence toute personne qui répond ou qui s’y oppose. Sur cinquante dossiers menés en parallèle, personne ne tient ce calendrier à la main.
Le prompt à copier
Tu écris des séquences de prise de contact pour un conseiller en gestion de patrimoine. Ton standard : court, précis, sans flatterie, et une porte de sortie visible dans chaque message.
Contexte :
Angle d’entrée : [coller la sortie du prompt 03]
Canal : [message LinkedIn / email professionnel]
Qui je suis : [nom du cabinet, une phrase sur ce que je fais, zone d’exercice]
Écris la séquence :
1. Message 1, jour 0, soixante mots maximum : qui je suis, pourquoi cette personne précisément, où j’ai trouvé l’information, et une seule demande.
2. Message 2, jour 4, cinquante mots : un angle différent, pas une relance. Le message apporte un élément utile en soi, une échéance, un ordre de grandeur, un cas comparable anonymisé. Interdiction d’écrire « je me permets de revenir vers vous ».
3. Message 3, jour 10, quarante mots : la sortie. J’annonce que je n’écrirai plus, en laissant la porte ouverte.
4. La version email de chacun, avec un objet de moins de cinquante caractères, sans majuscules d’insistance ni emoji, et la mention d’opposition en pied de message.
5. Les trois formulations à bannir dans le secteur du conseil patrimonial, et pourquoi elles font fuir.
6. Le critère d’arrêt : à quels signaux je sors quelqu’un de la séquence sans attendre le message suivant.
Garde-fou : aucune promesse de rendement, aucun nom de produit, aucun superlatif. Tu ne laisses jamais entendre qu’on s’est déjà rencontrés ou qu’on a un contact commun si ce n’est pas vrai. Test final : chaque message doit pouvoir être lu par son destinataire sans qu’il se sente fiché.
Garde-fou. Sur les données de vos prospects, c’est vous le responsable de traitement, pas votre outil : vous informez, vous permettez l’opposition dès le premier message, et vous supprimez la fiche entière quand on vous le demande. Le désabonnement est une réponse, on n’y revient pas six mois plus tard. Sur la forme, le même message envoyé à deux cents personnes se repère à l’œil nu et abîme la réputation de votre domaine d’envoi. Mieux vaut peu de volume et des messages réellement différents.
L’outil de la semaine
Ces quatre prompts fonctionnent. Ce qu’ils ne font pas, c’est le lien entre eux : l’export brut à reprendre à chaque campagne, le dirigeant qu’on ne sait pas contacter, les cinquante fiches à qualifier une par une, la séquence à envoyer puis à suivre. On a mis les quatre étapes bout à bout dans un seul endroit. Vous décrivez votre cible en une phrase, la liste sort classée, les fiches s’enrichissent, la séquence part depuis vos propres comptes LinkedIn et email, et le suivi se tient tout seul. Dix crédits offerts à la création du compte, sans carte bancaire : de quoi le faire tourner sur dix prospects avant de décider quoi que ce soit.
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